Ariel Kynodontas

Fighting The Crab

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canine le 20 août 2018

Ces nuits avec toi, qui ne finissent jamais,

insomnia.

 

Une douce nuit où le marchand de sable était passé depuis belle lurette.
L’épreuve du crépuscule demande parfois de l’organisation mais, au premier contact sur ma tempe, je me décide à ôter mon foulard couleur soleil.
C’est l’été, les papillons peuplent facilement les chambres à coucher et les ventres creusés à coup de cuillère bien positionnée.
Mon corps épuisé luttait encore contre le sommeil profond, au point de ne jamais le trouver. Pourtant ma tête voulait plus que tout s’endormir et se faire oublier pendant un moment, avoir un peu de calme, du répit, ne plus réfléchir, ne plus poser de questions, ne plus cogiter. Je voulais simplement être apaisée.
Les nuits en pleine conscience, juste avant de m’endormir, des mots assemblés et farfelus envahissent tranquillement ma tête, des visages flous d’hommes et femmes que je ne connais pas, des animaux imaginaires aux couleurs qui n’existent pas, le remake de la journée avec les phrases phares m’ayant marqué sont adaptées… Et je tombe, je tombe, comme Alice in the rabbit hole, puis je sursaute.
Fort heureusement, semblables aux nuits vides de tout repos, je finis par capituler et m’écraser.

 

Après de courtes minutes de calme, je suis jetée hors du lit, prise d’un élan de lucidité.
C’est comme si j’étais tellement à coté, à longueur de journée, que mon cerveau m’ordonne de me réveiller au milieu de cette nuit, encore noire comme un linge : je n’ai pas pensé à Hubert, le chat, depuis 24h, dans ma tête, il avait cessé d’exister, a-t-il assez à boire et à manger ?
Cette fois-là, je ne dormirais pas. J’ai les yeux fermés, je repense aux différentes scènes, aux gentils mots m’étant destinés, aux évènements tristes pour d’autres.

 

1, 2, 3, je regarde l’heure. 1,2,3, j’ai hâte, mais de quoi, de quand ? 1,2,3, je suis bien quand même. 1,2,3, à chaque seconde, je perds du temps de vie. 1,2,3, je me fais violence et me lève, même s’il est encore beaucoup trop tôt.
L’enveloppe est fébrile comme après une nuit trop musclée et secouée, comme après avoir vécue une nuit blanche où s’établit l’angoisse à peine réelle d’aller se coucher.

 

Je zappe le malaise du matin, une certaine gène installée, et un café plus noir que le ciel.
Ou,
j’évite un moment où j’aurai pu être bien, et ma bouche sèche arrosée d’un thé que j’aurais fait trop infusé.

Je suis amoureuse de l’aube et de son odeur particulière, la ville dort encore, je l’embrasse.
De la musique si propre aux fins de soirées s’échappent des fenêtre grandes ouvertes et j’aperçois certains visages déformés qui ne ne sont pas encore près à aller s’éteindre dans un coin.
J’aime l’aurore et ses couleurs que je ne retrouverai qu’une seule fois, que je ne reverrai pas. Je suis vivante à cet instant parce que malgré mes yeux qui piquent, je me sens privilégiée.
Et j’assiste à ce spectacle clownesque, la tête peuplée des êtres chers auxquelles je pense avec le cœur serré, et si jamais un jour je devais les quitter ?

 

Photo : ‘The Birds’, Hitchcock.

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